Lynx orphelins : définition, causes, défis et gestion
Nous répondons aux questions les plus fréquentes sur les lynx orphelins et la manière dont on peut les traiter.
1. Comment cela se fait-il que des jeunes lynx errent seuls ?
Les jeunes lynx restent auprès de leur mère pendant environ les 10 premiers mois de leur vie et ne sont généralement pas encore capables de chasser leurs proies eux-mêmes. Si un jeune lynx est repéré sans sa mère pendant cette période, il est possible que ce soit un jeune animal orphelin. Les raisons peuvent être multiples. Il peut s'agir d'un « véritable » orphelin, si la mère est décédée, que ce soit de causes naturelles (p. ex.: maladie, blessure) ou dûes à l'influence humaine (p. ex.: accident de la route, braconnage). Mais il se peut aussi que la mère soit encore en vie et que le jeune animal ait perdu le contact avec elle ou qu’il ait été rejeté parce qu’il est malade ou blessé.
Lorsqu’un jeune animal est aperçu sans sa mère, cela ne signifie donc pas automatiquement qu'il est orphelin. Plus les jeunes animaux grandissent, plus leur aire de référence s'étend avec celui de leur mère, et il se peut qu'elle se trouve tout près. Pour s’assurer qu'il s'agit d'un lynx orphelin, plusieurs observations sur plusieurs jours sont nécessaires.
2. Y a-t-il plus de lynx orphelins qu’avant ?
Il y a aujourd'hui plus de lynx orphelins qu'il y a 20 ans, car la population totale de lynx a augmenté pendant cette période. De plus, le lynx colonise de plus en plus d'habitats situés à proximité des zones habitées, p. ex. le Plateau vaudois et fribourgeois. La probabilité de découvrir des lynx orphelins est donc également plus importante. Il est toutefois difficile de dire avec certitude si le nombre de lynx orphelins a réellement augmenté par rapport à la taille de la population.
Une augmentation du nombre de lynx orphelins pourrait également être liée à des problèmes de santé chez les jeunes ou à une mortalité accrue chez les femelles. Il convient donc d'observer attentivement ce phénomène. De plus, chez les populations d'animaux sauvages, la mortalité des jeunes, qui est déjà relativement élevée, augmente naturellement lorsque la densité est forte. Nous ne disposons pas (encore) des données nécessaires pour déterminer avec certitude les raisons de cette augmentation et s'il existe éventuellement des causes différentes selon les régions.
3. Que faut-il prendre en considération lors de la prise de décision concernant la gestion des lynx orphelins trouvés ?
Il est important d'évaluer chaque lynx orphelin au cas par cas. Le moment de la découverte, les circonstances et l'état de santé de l'animal jouent notamment un rôle décisif dans la manière dont il convient de procéder après sa découverte. Ces animaux ne doivent en aucun cas être emmenés, mais il est impératif d'informer le garde-faune cantonal !
La décision doit être prise en tenant compte à la fois du bien-être animal et de la protection de l’espèce. À cette fin, des expertes et experts ont élaboré un arbre décisionnel.
4. Quelles sont les possibilités de prise en charge des lynx orphelins en Suisse?
La décision concernant le sort des lynx orphelins relève de la compétence des services cantonaux de la chasse et de la gestion de la faune sauvage. Il existe en principe trois possibilités:
- Nourrissage dans la nature par les gardes-faunes jusqu’à l’autonomie du jeune animal
- Réhabilitation dans un enclos adapté, puis remise en liberté
- Euthanasie ou abattage
Le choix de la variante dépend d'une part de l'état de santé et de l'âge du lynx orphelin, et d'autre part de la situation locale de la population de lynx (zone à forte densité de lynx vs zone à faible densité de lynx) ainsi que des circonstances (p. ex. indices de braconnage). La deuxième variante nécessite en outre des infrastructures appropriées, qui doivent encore être considérablement améliorées en Suisse. Pour tout animal sauvage, le fait d'être détenu par l'homme représente un stress important, même si ce n'est que temporaire. Il convient donc d'évaluer laquelle des trois options susmentionnées est la plus appropriée pour la protection de l’espèce et pour le bien-être de l'animal.
Par exemple, nourrir l'animal dans la nature peut être judicieux si le lynx est sur le point de devenir indépendant et qu'il est en bonne santé. Pour les très jeunes animaux ou ceux qui doivent être soignés par un vétérinaire, une réhabilitation dans un enclos adapté peut augmenter leurs chances de survie. Les chances de survie sont particulièrement minces pour les animaux en très mauvais état de santé, et l'euthanasie ou l'abattage peuvent être envisagés dans l'intérêt du bien-être animal.
Si une réhabilitaton est effectuée, un examen supplémentaire est nécessaire avant la libération afin d'évaluer l'état de santé de l'animal. Certains symptômes qui n’étaient pas visibles au début peuvent par exemple se développer par la suite. Il faut toujours tenir compte de l'importance que peut revêtir le problème de santé d'un individu pour l'ensemble de la population de lynx.
Deux options sont envisageables pour le lieu de remise en liberté : soit le lieu où l'animal a été trouvé, soit une remise en liberté dans le cadre d'un projet (projet de réintroduction ou projet de renforcement/amélioration de la diversité génétique).
D'autres critères supplémentaires sont également pris en compte, comme par exemple si l'animal est suffisamment craintif envers les humains.
Selon nous, la détention permanente de lynx sauvages dans les zoos ou les parcs animaliers devrait, dans la mesure du possible, être évitée.
5. Que faire si vous observez un lynx orphelin ?
Le lynx est un animal sauvage et une espèce protégée en Suisse. Cela signifie qu'un lynx, – même s'il semble jeune, malade ou encore dépendant de sa mère – ne doit pas être capturé ou manipulé de quelque manière que ce soit. Dans tous les cas, il convient d'avertir le garde-faune cantonal compétent. Celui-ci décidera de la marche à suivre. Les autorités cantonales décident du sort de l’animal.
© Laurent Geslin 

